Je voulais attendre d'avoir déjà fait quelques reviews pour parler de ce manga parce que je l'apprécie beaucoup et qu'il me tient beaucoup à cœur, notamment parce qu'il traite de la non-binarité ce qui est un peu (beaucoup) rare.
Aussi bien que je sois non-binaire je fais partie de ceux qui en ont pas grand chose à faire des pronoms. Donc utiliser l'écriture inclusive pour suivre la traduction en français c'est vraiment galère pour moi qui ne l'utilise absolument jamais. La traduction utilise également le terme otokonoko que je remplace ici par femboy parce que c'est plus ou moins la même chose et que c'est plus compréhensible.
Fukakai na Boku no Subete wo ou Love Me for Who I Am pour l'édition française (et anglaise du coup) est un manga écrit par Kata Konayama. L'histoire commence quand Tetsu Iwaoka voit Mogumo, un·e camarade de classe prier et noter sur un papier vouloir avoir des amis qui lae comprennent. Voyant cela et prenant Mogumo pour un femboy va lui proposer de travailler dans le maid café tenu par sa famille.
Mogumo accepte donc et lors de l'entretien d'embauche il est révélé à Mogumo que c'est un café avec un concept, les serveurs sont tous des femboys (Tetsu travaille en cuisine et n'en est donc pas un). C'est là que Tetsu se rend compte de son erreur car Mogumo n'est pas un femboy mais non-binaire.
Évidemment la situation va se résoudre, Mogumo va travailler dans le café et faire la rencontre de Satori la sœur aînée de Tetsu, gérante du café et qui est une femme trans, mais aussi Mei, une serveuse qui est également une femme trans, ainsi que les deux autres serveurs Suzu un homme gay et Ten un homme hétéro fan de cosplay.
L'histoire va suivre à la fois la relation romantique qui se développe entre Tetsu et Mogumo mais aussi les difficultés de s'accepter comme LGBT, de vivre son identité, les angoisses et traumatismes qui y sont liés. Et si l’œuvre garde un ton léger, notamment avec le concept même du maid café beaucoup de passages sont très sérieux. Il est évoqué les difficultés d'être dans le placard, de vivre son identité et de complexer de ne pouvoir aimer que les femmes en tant que femmes, et surtout la dysphorie de genre. Mogumo bien que non-binaire est montré·e comme haïssant apparaître de manière masculine et sa présentation de genre est très féminine. Ce qui, au passage, est appréciable car ça permet d'éviter un cliché de personne non-binaire androgyne et de montrer une complexité dans l'identité de genre et la présentation.
L'histoire est finalement assez simple, elle est sympa, elle aborde bien beaucoup de sujets autour du genre et de la sexualité sans être trop lourde, mais ça casse pas trois pattes à un canard non plus. Et même si je trouve que la fin aurait pu être mieux amenée et qu'elle paraît un peu forcée c'est pas suffisamment dérangeant pour être un problème.
Le ton est également quelque chose de plaisant, si l’œuvre réussit à être, au global, plutôt mignonne et plaisante à lire c'est pas tout rose non plus. Les sujets sérieux sont évoqués, ce qui quand on est concerné peut nous impacter (son ordure de daron à Mogumo je le déteste il ne méritait que de la haine). Je trouve que c'est un manga qui réussit à donner une forme de positivité dans le fait d'être LGBT, de donner une importance à la communauté et au rapport entre personnes queer sans effacer les violences subies.
Bref c'est un manga sympathique que je recommande, si vous êtes trans parce que un manga aussi queer, aussi peu problématique, et BIEN c'est pas courant et si vous êtes cis pour en apprendre plus sur les personnes trans en s'amusant ? Je sais pas, personne de cis lira cette review de toute façon.
J'ai pas parlé des personnages parce que j'ai rien de particulier à dire, ils sont là, c'est 5 tomes donc pas énormément de développement de personnage, pas particulièrement bien écrits, ils sont crédibles, rigolos, c'est tout. Comme un peu tout autour de ce manga en fait, c'est sympathique, pas un chef d’œuvre de la littérature, mais un truc globalement bien qui je pense peut plaire à tout le monde (et c'est pas comme si c'était long à lire de toute façon donc aucun regret).